30 sept. 2016

Part 2 - La Team Slack.fr au Maroc pour un projet pas comme les autres


Notre aventure marocaine commence donc le mercredi 14 septembre avec de bonnes nouvelles.
Nico Macaron, après être passé par de nombreuses péripéties, nous rejoindra à Taghia d'ici une petite semaine.
Du coup on se permet de profiter un peu des environs de Chefchaouen et de l'accueil de notre ami Abdul au Café Rueda.



Nicolas Margaron, Quentin Bischoff et Mimi Guesdon

Ce gîte est situé au pied de Caiat, une immense paroi, où de nombreuses voies ont été ouverte. Thibault avec ses yeux de base-jumper pense pourvoir ouvrir un saut. Nous décidons alors de partir en grande voie le lendemain afin de repérer l'exit. Départ 8h retour à la nuit tombée.

Bonne bartas, on arrive au pied de la voie mais non sans plusieurs égratignures. On y passera un bon 7h, entre moi qui galère à passer le premier mouv, et qui ne veut pas faire de tête car on est en terrain d'aventure et le manque d'eau sur la fin, une seule envie, redescendre !!!
On sourit quand on y repense mais sur le moment, je pense que Thibault et moi même aurions aimé être à n'importe quel autre endroit...

Le repérage de l'exit sera pour une prochaine fois. Pas de soucis pour les rappels puis de nouveau une bonne bartas, on a encore loupé le sentier ! Arrivé à la rivière, petite pause baignade, on l'a bien mérité ! Et c'est reparti, toujours pas de sentier mais le camion est au dessus de nous, on traverse les champs. 

#4 - On se retrouve dans un champ d'une fleur que ne nous pouvons identifier mais dont l'odeur nous fait tourner la tête -
Jamais vu ces cultures, des plantes plutôt odorantes, nous redonnant vite le sourire et l'entrain pour finir cette marche.





Déjà vendredi 16 septembre

Il est temps de dire aurevoir à Abdul et de reprendre la route. Nous pensions en avoir pour 7h mais bon comme on dit souvent ici, tranquille !
On mettra 12h pour arriver à Zaouiat Ahansal, petit village situé dans le Haut Atlas à 2h de Taghia.

Nous nous arrêterons là pour la nuit, la suite du voyage se fera à pieds le lendemain.
Vu qu'on est pas venu les mains dans les poches, on loue quelques mules pour nous aider. En déroulant les pas, le paysage évolue, se modifie, se creuse.
Des murs orangés s'élancent vers le ciel bleu. Des figues poussent aux bords d'une petite rivière.



Nous allons directement chez Jamal et Fatima, gîte où l'on séjournera pendant 3 semaines. Ca fait vraiment plaisir de les revoir ainsi que les enfants, (j'y avais passé quelques jours l'année passée).
Nous y retrouvons Clément arrivé le matin même. Fin de journée tranquille, Thibault n'est vraiment pas très en forme.
#5 - la fameuse tourista -

Après cette semaine à voyager, nous déciderons de profiter du dimanche pour se reposer. Ça fait du bien. Le grand reporter de notre expédition, Mr MohamedBischoff nous fera son entrée
dans l'après midi, l'équipe s'agrandit.

Mr Mohammed Bischoff

Lundi 18 septembre

On attaque le repérage avec Mohammed Bischoff, Thibault et Clem.
Nous partons dans le canyon situé entre Oujdad et Taoujdad, 2 bonnes heures d'ascension pour arriver au pied du sommet de Taoujdad.

Le séjour s'annonce piquant, pour le mental comme pour le physique. Ca grimpe facile mais sans corde. Thibault finit l'ascention de Taoujdad. Tandis que Clem le rejoins, nous décidons d'aller repérer un autre spot.




Encore 1h30 de marche avant d'arriver au cirque de Tadrarate. Le vent glacé et une pluie fine
se lève. Le cirque apparaît soudain, le vide nous attire, 600m de gaz direct, ça scotch, l'approche s'annonce périeuse avec tout le matos. On garde l'idée...

La redescente se complique. Partis pour 3 bonnes heures jusqu'au village, je pense qu'on en mettra 5, peut être même un peu plus. Epuisé par la longue marche pas vraiment sur terrain plat, on se perd plusieurs fois par des chemins vertigineux.

La concentration, le physique faiblissant, la pénombre qui tombe doucement... On doute, on reste positif. Ca y est le village est en vue, mais c'est encore bien loin. L'espoir nous rend nos ailes, on en rigole encore.

On se retrouve tous au gite, au tour d'un bon tagine, pour décider des ouvertures.
C'est décidé la première et la plus grosse mission sera une belle 305m a t'en remplir les chaussettes.

Quant au projet initial, il semble difficile à réaliser, le lieu ne s'y prête pas vraiment. Je vous dirai bien ce que c'était mais je préfère le garder pour une autre fois.
Ce lieu est hallucinant, il y aurait tellement à ouvrir, avec des marches d'approche incalculable, on rentrera en France avec une caisse certaine.

Le lendemain, journée tranquille, la marche avec Bisch (Quentin) nous a bien calmé. On s'atèle à la réalisation du projet, à scotcher la sangle et le backup. La tâche s'annonce ardu.
Le seul moyen que l'on est, est de passer le ficelou en grimpant les deux faces opposées, chaque cordées reliée par le ficelou...

Presque 600m de parois, en espérant que les copains soient chauds de nous aider. Entre temps, Thibault part repérer un potentiel saut. Doune et Ju arriveront dans l'aprem tandis que Manouch, Nastro et Boris feront leur apparition début de soirée.
#6 - On croirait être presque au complet, mais Macaron... Toujours pas là, on sait qu'il est là, mais où ?!! -

On parle rapidement de nos plans aux copains et pas de soucis, ils sont chauds. On commencera l'installation dès le jeudi.






Mercredi 21 septembre

Boris et Manouch partent en grande voie tandis que le reste de l'équipe part équiper une petite 40m que Thibault à repéré lors de sa rando hier. : sur la paroi en face de chez Jamal, au dessus d'une cascade (qui ne coule pas en ce moment). 1h30 de marche d'approche, enfin si on ne se perd pas! Faut croire qu'on aime bien muler...

Arrivé en haut on y retrouve Thibault parti bien plus tôt. L'installation se fait rapidement et la vue est imprenable.
L'exposition vers toutes ces parois entourant Taghia est juste à couper le souffle. C'est une superbe introduction à ce magnifique paysage bèrbère. Chacun se fait son petit run, en prend plein les yeux, notre première highline à Taghia, Démeeeent!

La redescente se fait tranquille et sans encombre cette fois. Thibault nous rejoindra un peu plus tard mais surtout plus rapidement. Premier saut de Base pour lui à Taghia, pas loin d’atterrir sur le toit
de la maison, il se posera juste en contrebas au niveau de la rivière, in extremist...
Héhé le trip a bel et bien démarré, ça va envoyer!




18h30 : Macaron tombe du ciel.
Essoufflé, transpirant, remué, c'est pour lui le premier voyage à l'étranger. Il a le sourire et tellement de choses à nous raconter.

L'installation du lendemain s'organise doucement. Manouch et Thibault feront une cordée et partiront pour deux grandes voies sur la paroi d'Ifrig tandis que Nasto et Boris partiront en face pour plus de 500m de grande voie.
Seul problème, les deux voies ne partent pas exactement au même endroit. Reste à voir comment ils pourront faire pour que le ficelou se déroule bien et ne se coince pas.
Quant à nous, nous porterons les sacs de matos jusqu'à l'ancrage situé au pied du sommet de Taoujdad.

Jeudi 22 septembre

C'est parti!
Les gars partent une bonne heure avant nous. Une fois les sacs chargés, Doune, Clem, Bisch et Macaron repartent à l’ascension de ce canyon. C'est quand même pas la même avec des kilos sur le dos, mais bon tranquille, ça passe toujours.



Nous arriverons à l'ancrage sur les coups de midi et commencerons à voir Thibault et Manouch sur la fin de leur première grande voie sur les coups de 16h.
Pour le ficelou, ils l'ont finalement pris entièrement avec eux et doivent maintenant se décaler à niveau de la voie de Boris et Nastro pour leur envoyer 250m plus bas. Après le
troisième essai, mission réussie.

Pendant ce temps là, Nastro et Boris sont repartis chercher une corde, on commençait à grimper pour installer une corde fixe sur laquelle ils remonteront directement demain.
Ah oui, et comme on se perd pas que sur les marches d'approche
#7 - ils se sont bien évidemment trompés de voie... Limite une ouverture -
Mais bon, ça passe, ça engage mais ça passe.
Le ficelou est fixé des deux côtés, terminé pour aujourd'hui.

Pendant ce temps coco nous rejoint en haut pour nous aider à tuer le temps.

Vendredi 23 septembre

C'est loin d'être fini. L'équipe des grimpeurs repart assez tôt, nous prenons un peu plus notre temps car nous ne pouvons pas faire grand chose pour le moment.
Thibault et Manouch rejoignent cette fois la vire à pieds pour attaquer leur seconde grande voie, tandis que Nastro et Boris partent pour un petit 120m de remontée sur corde avant de poursuivre et surtout retrouver la voie initiale.

Tout à l'air de bien marcher, pas mal de vent, le ficelou les tire pas mal, mais vers 15h on voit la première cordée arriver à 10m en dessous de nous. On dirait bien que ça va fonctionner. Juste fou!
Il reste encore 2 ou 3 longueurs à Manouch et Thibault et le ficelou sera passé.

On y est. Des vrais machines. Une des plus belles missions et motivation pour installer cette folle ligne de 300m. Mais bon c'est pas encore fait.
Il est déjà 17h. Thibault se met directement à faire les ancrages tandis que Manouch commence à hisser les 300m de McFly.
On y a attaché une petite gourde de Ricard, bon moyen pour garder la motivation.

McFly : sangle en Nylon

Tout se déroule très bien, seul petit détail
#8 - la ligne fait environ 305m et la sangle 300m -
du coup on lâche un peu plus de corde pour permettre aux copains de fixer la sangle aux ancrage et à nous de ravaler ensuite.
Ca passe, la connexion est faite. Deux journées entières pour réaliser cette installation. Merci aux
deux cordées, sans eux l'installation de la ligne n'aurait juste pas pu être possible.

Trop tard pour l'essayer ce soir, la nuit tombe et la recrudescente du canyon est vraiment dangereuse de nuit
#9 - Une frontale pour 4, classique... -

Encore une nuit à en rêver.

Samedi 24 septembre


Repos pour tout le monde, enfin presque. Clément est resté bivouaquer à la ligne hier, et pour moi ce sera petit déjeuné et rando. Petite marche d'approche d'1h30, à vide ça fait du bien.
A peine arrivée, et déjà au taqué. On fignole les dernières détails, tension, back up et c'est parti. 

Premiers runs fait, tout ce que je peux vous dire, c'est que c'est démeeeeent!
Y paraîtrais même que j'ai interrompu Alex Honnold dans sa tentative de freesolo dans "les rivières pourpres" pour me regarder!

Redescente au village et repos pour le reste de la journée voire le lendemain...
Manouch, Thibault, Boris, et Nastro ont prévu d'aller faire "Baraka" demain, 800m de face, 18 longueurs.
Mohammed Bischoff recherche toujours le meilleur point de vue pour "la" photo de la ligne

Dimanche, Les gars sont partis tôt ce matin mais pas toujours à l'heure voulu, il ne faudrait pas exagéré. Je crois que "coco" est souvent en cause.
Quant à nous petit déjeuner tranquille, et au final préparation d'une nouvelle highline.

Bisch et Nico ont repéré une 100m à 5min de marche d'approche ce qui nous changera un peu.
J'aide les copains à faire le portage mais les abandonne vite après, vraiment besoin d'un vrai jour de repos!

Demain, souk à Zaouiat et puis c'est reparti. On est quand même pas venu ici pour enfiler des perles, affaire à suivre...
















20 sept. 2016

Nicolas Margaron, Portrait Team Slack.fr




Nicolas Margaron, dit Macaron


Année de naissance : 1991


Spécialité : Longline / Highline


Pour le suivre sur Facebook c'est ici et sur Instagram par là


Articles sur le blog avec Nicolas :

Vidéos avec Nicolas :


Quand est ce que tu as commencé la slackline ?


J'ai commencé au printemps 2012. J'ai découvert ça lors d'un apéro sur les quais de Rhône. Le lendemain j'achetais ma première 15m, une Baobab. L'engrenage était lancé, décision d'arrêter le travail pour me consacrer à cette discipline.


Ton premier souvenir de slackline

Un rocher (de la taille d'une bonne machine à laver) qui est passé à 2 doigts de me tomber dessus alors que j'assurais en escalade juste en dessous quelqu'un qui était en train d'installer une highline.

Ton mentor

Foufoune (Florent Founau) : parce que c'est LE blond que j'ai toujours voulu dépasser et avec qui j'ai fait mes premières ouvertures et mes plus gros trips.
Julien Millot : connu par les vidéos (I believe i can fly : flight of the frenchies) et la première personne que j'ai croisé de la slackline. Il m'a tout de suite emmené sur les montages de highline, de la Jonte et qui m'a fait faire mon premier rappel (sur un buis de la taille de ma b**e).

Où t'entraines tu ? Quels sont tes spots préférés ? Y a-il un spot que tu aimes en particulier ?

Habitant à Lyon, je m’entraîne dans tous les parcs lyonnais qui le permettent.
Quand une bonne équipe de motivés est là, on va dans le champs derrière chez mes parents pour essayer de battre les records du monde.
En highline, j'ai mon petit spot secret qui se trouve dans l'Ain, au bord d'une jolie cascade, où l'on peut tendre de 14 à 192m !

Pour info il est à droite

Ce que tu préfères dans la slack ?

Le fait d'être dans une discipline qui à la base s'apparente à un sport individuel mais qui finalement se révèle être tout le contraire : un sport de partage et d'échange.
Et le fait de pouvoir prendre du plaisir sur la sangle quelque soit sa longueur et sa tension, et même lorsque je suis à côté à regarder et profiter des magnifiques cadres où j'ai pu me trouver pendant ces 3 dernières années.

Tes meilleures performances

  • 325m de Maverick V2 en longline flashée sur mon terrain à Lyon
  • 110m de highline en spaceline sur de la Maverick V1 au Portugal sur le spot de Cabo Da Roca durant le magic road trip Nograd
  • 150m de Maverick V2 en waterline à Miribel

RopeJump


Les festivals que tu recommandes ?

Les Naturals Games, plus gros festival de slackline en France de l'année : prendre congés, voire sans solde, voire démission pour aller à ce festoch !
L'Urban highline festival même si j'y ai presque laissé toute ma machoire (la vidéo par ici!).

Qu'est ce qui t'attires dans la slackline ?

Le fait de pouvoir toujours se dépasser, d'apprendre de chaque personne un petit truc, qu'elle soit pro ou débutante.

60/70kg de matériel à l'aise

Ton  astuce ?

Pour les plus avisés ils le sauront ;)
Mais pour les débutants apprendre dès ses premiers pas à fermer les yeux pour améliorer sa proprioception.

Objectifs de la saison ou objectif tout court ?

Toujours prendre autant de plaisir cette année malgré la reprise du travail, toujours autant de présence sur les festivals, dont le championnat de France de jumpline où je serais juge référant cette année. Donc cette année les poneys n'auront pas leur gameboy pendant les contests, mais ne vous inquiétez pas je suis là pour leur donner de l'avoine lors de nos entraînements les mardis et jeudis à Indoor 45.

Une anecdote

Une tentative de Lukeskywalker pendant l'Urban Highline festival en 2013 qui a fini par un bel avalage de sangle qui m'a coûté une fracture de la mâchoire et une dent cassée

Une chose à essayer en slackline

Le fameux Lukeskywalker

Une chose à ne pas faire en slackline

L'éternel Lukeskywalker


Un mot à propos de slack.fr

Une équipe, une famille, sur qui on peut compter à tout moment. Merci pour toutes ces années passées ensemble.

Un produit en particulier à conseiller

La petite dernière : la MACFLY sans hésitation, et les poulies doubles lights



Le mot de l'équipe :
Macaron, le roi du slackline.
Si il existe les papas du slackline, lui serait le roi. Le sourire et la bonne humeur sur chaque événement! Et surtout la motivation, vous ne le verrez jamais assis dans un coin si il reste des sangles à installer.
Soyons franc, il a l'air d'un sacré fumiste, mais c'est juste son style. Ce gaillard abat autant de boulot que 3 personnes (sauf au boulot)!


19 sept. 2016

Skyline : La Chandelle et le Trident du Tacul - Thibault Cheval et Julien Millot

Texte par Thibault Cheval :

Il y a deux ans, en compagnie d’une bande de copains bien barrées et hétérogène, j’avais voulu ouvrir une highline entre la Chandelle et le Trident du Tacul. Par manque de temps et d’effectif nous avions dû nous contenter de la poser à mi-hauteur de ces deux imposants monolithes de granit.



C’est au mois de Juin 2016 que Faith Dickey me parle du projet de Bernhard Witz : poser une highline entre ces deux tours situées sous l’imposant sommet du Grand Capucin. Il n’était pas au courant de la ligne avait été ouverte deux ans plus tôt et se montre très enthousiaste lorsque je lui donne les informations en ma possession sur l’accès, les voies, etc… Il me propose ensuite de me joindre à leur expédition, ce que j’accepte avec plaisir.

Après une très longue conversation via Internet avec tous les protagonistes, des heures d’organisation à distance, le rendez-vous est donné pour le mardi 6 septembre à 8h30 au parking du téléphérique de Courmayeur.

JOUR 1


Julien passe me récupérer à Chamonix aux alentours de 7h30, nous chargeons sa voiture du matériel récupéré la veille chez Slack.fr et nous mettons en route.
Après avoir traversé le long et puant tunnel du Mont-Blanc nous voici en Italie, le temps de trouver le parking du nouveau téléphérique et nous voilà déjà en train de trier notre matériel et de préparer nos sacs, en attendant Bernhard, Alain et Stephan, le photographe.



Le fameux quart d’heure savoyard n’est pas le seul apanage des habitants des bords du lac du Bourget, comme nous le montre l’équipe suisse-allemande, qui pointe le bout de son nez sur les coups de 9h.

Nous finissons ensemble le tri du matériel, le chargement de la pulka, et c’est parti pour trois quart d’heure de queue aux caisses du téléphérique… Une fois cette formalité accomplie nous chargeons nos lourds sacs (20kg environ) et notre pulka (50kg environ) sous l’œil médusé des touristes en short.
Dans la montée, inspirés par le paysage, nous rêvons à de nouvelles highlines et de nouveaux exits de BASE jump.



Arrivés en haut, vient l’heure de chausser les crampons, d’ajuster les sacs sur le dos, de s’encorder et de répartir les rôles : Alain Custovic, qui a le sac le plus léger, tirera la pulka. Il sera encordé avec Bernhard et Stephan.
Julien et moi, encordés et suivant Alain de près, nous nous relaierons pour maintenir l’équilibre de la pulka et pour la pousser dans les démarrages en côte.

Notre équipe ne passe pas inaperçue ainsi équipée !

Après un peu moins de deux heures de marches entre les crevasses, nous arrivons à notre emplacement de bivouac.
Le temps de monter les tentes et nous attaquons directement le pré-scotchage de la ligne. Une fois cette tâche terminée, nous prenons chacun de quoi grimper la voie qui nous a été attribuée.



Julien et moi grimperons la voie Bonatti-Tabou sur la Chandelle (ED-, 6b+) en hissant un sac rempli de corde et de matériel pour percer et réaliser un ancrage de highline correct, pendant qu’Alain, Bernhard et Stephan grimperont la voie Lepiney, en portant les cordes à fixer sur leur dos, l’inclinaison et le tracé de la voie ne permettant pas de hisser.



Notre voie se révèle être magnifique, aucune longueur à jeter, de la première longueur en 5c à la dernière en 6a, en passant par le 6b court et intense et le 6b+ plus long et continu, nous adorons chacune des longueurs et passons un très bon moment.

Une fois en haut nous trouvons un énorme bloc que nous pourrons ceinturer pour faire un ancrage naturel, nous posons un spit pour diriger les sangles de l’ancrage dans la bonne direction, racontons quelques blagues salaces et attaquons la descente, à la frontale pour Julien, et dans le noir complet pour moi qui ai oublié la précieuse fée électricité en boite.

Julien et Thibault
De leur cotés les copains ont du mal à trouver l’itinéraire dans leur voie, se perdent, montent, traversent, descendent, remontent… pour finir à 15m du sommet de nuit, et redescendre en fixant des cordes statiques jusqu’au sol, de manière à remonter plus facilement le lendemain.

Il est 22h quand nous nous retrouvons tous au campement.
Avec Julien nous nous jetons sur nos bières, préalablement mise au frais dans la neige, et Bernhard, qui, à notre question « did you bring beer » n’avait pas répondu, pensant à une blague, nous regarde avec des yeux ronds avant de nous tendre son godet pour une petite lampée de houblon !



JOUR 2


La nuit a été courte et froide. Pour Julien particulièrement, avec son matelas gonflable crevé qui lui donne une idée assez précise d’à quoi doit ressembler une nuit allongé dans la neige…



L’idée était de se lever à 6h45 pour partir du camp à 7h30 et attaquer la remontée des cordes fixes sur le Trident, pour enfin arriver en haut, préparer l’ancrage, et finalement hisser la slackline et conclure l’installation en début d’après-midi et commencer à faire des essais sur la ligne dans la foulée.

En voyant arriver Bernhard à 7h25, en train de se servir du lait dans ses céréales, on a vite compris que la journée ne se déroulerait pas selon ce plan.
Une fois tout le monde prêt nous avons reformé les équipes : Stephan, qui ne se sentait pas de refaire une montée aujourd’hui, resterait en bas avec Julien et se tiendrait prêt à faire la connexion une fois qu’Alain, Bernhard et moi aurions fini d’installer le coté Trident.



Sur la paroi, l’organisation est simple : Alain et moi remontons le plus vite possible les 200m de cordes statiques pour finir l’ascension du sommet et repérer les possibles ancrages, pendant que Bernhard nous suit en récupérant les cordes au passage, pour pouvoir les jeter de l’autre côté, en face Ouest, et y attacher la sangle.
Après quelques oublis de cordes et de nourriture, nous jetons finalement les cordes dans la face ouest. 

Alain descend en rappel dessus pour défaire les nœuds que les imperfections de mon lovage ont créé, et faire la connexion avec Stephan en bas.
De son côté Julien a attaqué la remontée sur corde sur la Chandelle, avec la slackline attachée sur lui, pendant que, simultanément, je m’occupe du hissage de la sangle coté Trident.



Une fois la ligne au sommet et la connexion Trident-Chandelle établie, Ju nous fait passer le perfo pour que nous puissions équiper notre côté.
La vire où nous nous trouvons étant 15m plus haute que le sommet de la Chandelle, nous rappelons sur une magnifique arête ciselée pour trouver un emplacement où faire notre ancrage. De ce côté pas d’ancrage naturel possible, nous devons poser des spits : deux pour la ligne, et un en backup.

A 19h, après avoir dû gérer de nombreux problèmes d’organisation et d’installation, je m’élance enfin en poulie sur la ligne pour rejoindre la ligne de descente de la Chandelle, suivi de Bernhard.
Une fois de l’autre côté, Julien nous sauve en nous tendant une demi-bouteille d’eau ; après une après-midi en altitude, au soleil et sans rien boire, c’était un bonheur sans nom !

Une fois en bas, rebelote : bière, pistache, cacahuètes grillées, les français ont prévu le coup pour l’apéro, et la rigueur suisse se laisse rapidement attendrir !

Comme c’est notre dernière nuit, Alain, le cuistot de l’expédition, nous laisse le choix du menu : ce sera veau aux carottes et riz, un vrai festin fait maison et mis sous vide en prévision des repas du soir, chapeau bas Alain !




JOUR 3


Levés aux aurores pour profiter de la ligne avant de partir, Julien et moi n’attendons personne et nous mettons rapidement en route vers la ligne de cordes fixes sur la Chandelle.
Une heure et 200m de corde plus tard nous sommes au sommet, bien échauffés, et bien essoufflés.






Le créneau est mythique, imaginez : nous sommes deux, sur un sommet pas très grand mais plat et confortable, au soleil, sous une tempête de ciel bleu, pas un souffle de vent et la ligne pour nous pour les trois prochaines heures, minimum. Le rêve éveillé.

Julien monte sur la ligne en premier. Il est tendu. La ligne fait 87m, à plus de 3500m d’altitude, 200m au-dessus du glacier. Elle est plus longue que la ligne de sa meilleure perf’, et dans un contexte autrement plus stressant ! Mais le mental d’un des papas français de la slackline est toujours là ! Après quelques catchs et quelques repos, il enchaîne la moitié de la ligne avec un sourire jusqu’aux oreilles, ça fait plaisir à voir !



Suite du texte par Julien Millot :

Et oui, on ne peut pas dire que je m’entraîne régulièrement ces derniers temps en highline, mais étrangement les sensations et la facilité du setup (Moonwalk + Backup 8mm dyneema gainé) rendent la traversée des plus agréables. Etre acclimaté après 3 jours de haute montagne doit aussi y être pour quelque chose.

Au tour de Thibault qui passe son premier aller en quelques catchs pour se détendre, avant d'envoyer un retour avec un départ un peu loin de l'ancrage pour certains, mais qui justifie pleinement le terme de traversée à mes yeux. Il y a 3m de différence de niveau entre les ancrages, assumés à l'équipement car logiques par rapport aux vires, cela expliquant le lever de retour un peu plus loin que le bord car nous glissons sur la sangle à cause de la pente.

Faith est enfin arrivée au camp de base, après un voyage depuis Ostrov qui pourrait déjà être le sujet d'un film à part entière, prête à remonter les cordes et faire un peu de highline de haute montagne. Bernhard et Stephan jumardent déjà, profitant du prétexte de faire des photos en contre-plongée de nos essais pour reprendre leur souffle.

L'heure avance, un aller/retour sur 87m prend bien 45min quand on tombe beaucoup, je retourne me finir les bras, et prendre un maximum de plaisir en me faisant rouster car après tout on est là pour ça.
Thibault fait un dernier aller/retour pour valider, et c'est déjà l'heure de redescendre.


Nous croiserons Faith dans les rappels, et sa compagne de voyage Heather au camp de base. La remontée vers le téléphérique se fera avec des sacs déjà bien lourd, laissant derrière nous la responsabilité de désinstaller une des highlines les plus difficiles d'accès au monde au reste de l'équipe. Après tout ils vont encore en profiter 2 jours, et conclure par une désintallation sans problèmes après une expédition de 5 jours. Bravo et merci à eux pour le line service.


Une équipe d' « anciens », un jeune qui n'en veut, une pulka, 4 tentes, un camp de base au pied des plus belles voies de haute montagne du massif, du beau temps, trop de matériel, du fun, mission plaisir pleinement remplie !


Profil de Thibault Cheval

Julien Millot