14 nov. 2016

Highline entre 2 parapentes : "Bob' je quitte le navire" - Thibault Cheval

Teaser - Bob' je quitte le navire from Goupil Studio on Vimeo.

Posé dans un champ à Ailefroide, profitant d’une journée de mauvais temps pour me reposer entre deux ascensions dans les Ecrins, je repense à ce projet un peu fou et à toutes ces journées passées en l’air avec des gens passionnés, mobilisant toute leur énergie dans la réalisation de ce rêve.

Et de me demander comment naît une idée? Un projet? Un rêve?

De gauche à droite, Eliott Nochez, Thibault Cheval et Julien Millot

Au fond je connais la réponse à cette question: pour moi tout commence fin 2011 quand je tombe sur un film d’à peine une demie heure qui va pourtant changer profondément ma vie.
On y découvre deux copains suivant leur rêve, marchant sur des sangles tendues au dessus devides immenses dans le Verdon, sautant du haut de falaisesvertigineuses en Norvège, vivant simplement, libre et heureux.
Avant le début du générique de fin, le virus s’était insinué en moi. 

Quatre ans plus tard, je marche sur des sangles haut perchées depuis déjà quelques temps et je commence à me jeter du haut des plus belles falaises de France: Verdon, Vercors, Maurienne, Ecrins… le virus contracté 1460 jours plus tôt s’est bien développé et je consacre désormais mon temps à l’ascension de magnifiques sommets, à la traversée de ces sangles, nouvelle forme de funambulisme appelée slackline, ainsi qu’au BASE jump, version montagnarde du parachutisme.


C’est alors que des idées commencent à germer, toujours inspirées par cette bande d’agités qui s’obstinent à repousser les limites de ces sports en les mélangeant savamment à l’humour et l’art.
Parmi ces idées, une me laisse plus souvent éveillé au milieu de la nuit: et si l’on tendait une slackline entre deux parapentes et que l’on essayait de la traverser, seulement sécurisé par un parachute?


Rien de tel qu'un bon dessin bien technique, pour preparer une bonne cascade!

C’est le genre de projet qui me fait le plus vibrer, alliant le plus de discipline possible (slackline, BASE jump et parapente), avec un haut niveau de technicité (les pilotes de parapentes doivent être incroyablement précis et le slackliner très doué) et une coordination parfaite entre tous les protagonistes.

Les premiers amis parapentistes à qui je parle de cette idée sont tous unanimes: en terme de mécanique de vol, c’est impossible. 
Loin de me laisser abattre, je continue d’en parler autour de moi, cherchant des parapentistes susceptibles de croire en ce projet.

Je finis par en parler à une amie qui me met immédiatement en contact avec Eliot, excellent pilote de parapente acrobatique, qui monte de son coté un projet à base de tyroliennes et de pendulaires volant. Il est immédiatement séduit par l’idée et me propose de le rejoindre pour monter ensemble ce cocktails de nouvelles idées. 


Eliot Nochez (en bleu) et Thibault Cheval fiers comme des coqs de leur projet

Peu avant le début de nos premiers essais je passe un coup de téléphone à celui que je considère comme mon « mentor », tant en slackline qu’en BASE jump, et qui a l’habitude de ce genre d’acrobaties pour en avoir déjà réalisé beaucoup.
Il clôt la conversation sur un ton plus que sceptique, disant, comme tous les autres, que c’est mécaniquement impossible.

Conversation immédiatement suivie d’un SMS disant: 
« Prouve moi que j’ai tort, allez-y à fond! Je paye ma tournée si ça marche! »
Il n’en fallait pas plus pour finir de me motiver!


Julien Millot : « Prouve moi que j’ai tort, allez-y à fond! Je paye ma tournée si ça marche! »

Vient le moment de prendre la route jusqu’à Chambéry pour rencontrer Eliot et les membres de l’équipe. Le courant passe tout de suite bien, Eliot est une véritable pile, toujours en mouvement, toujours motivé.
Le lendemain, après un petit détour par les bureaux de Slack.fr pour récupérer les différentes sangles, cordes, poulies, mousquetons qui seront nécessaires à nos cascades respectives, direction le Col de la Forclaz pour les premiers essais.




Premiers essais qui seront orientés sur la slackline car c’est elle qui demande la mise en place la plus complexe.
Le premier essai n’est pas très concluant. Effectivement une fois la ligne mise en tension et le slackliner dessus, les parapentes ne volent pas très bien… Selon Eliot cela vient du fait que les deux parapentes ne soient pas du même modèle. Le problème est rapidement réglé lorsque Advance (l'un des sponsors du projet), nous envoi un deuxième parapente, identique au premier.

Deuxième essai. C’est mieux, les parapentes sont plus stables, je peux même essayer de me lever, mais ce n’est pas encore ça… 
Sur les quelques jours de cette première session d’entrainement nous réaliserons quatre tentatives avec la slackline, peaufinant à chaque fois la technique, pour qu’au final, au quatrième essai je réussisse à me lever, à tenir quelques secondes en équilibre avant de chuter de 500m et de déployer mon parachute. 

Du coté des parapentistes tout va pour le mieux et ils sont plutôt optimistes: les différents réglages qu’ils ont trouvé leurs permettent de voler de façon stable tout en maintenant une certaine tension dans la sangle.
De mon coté ce n’est pas aussi simple car même si les parapentes sont stables du point de vue du vol, de mon point de vue cette stabilité est toute relative car le moindre de leur mouvement se répercute sur la ligne. De plus, visuellement c’est de loin la ligne la plus impressionnante que j’ai jamais tenté de traverser.


petit aperçu d'un leash fall en solo

Imaginez vous à 800m du sol, assis sur une sangle de 2,5cm de large accrochée entre deux parapentes qui avancent à plus de 30km/h, induisant des mouvements complètement imprévisibles dans la slackline.
Vous y êtes? Très bien.
Maintenant essayez de vous mettre debout et de tenir en équilibre ! 
Un long travail, à la fois technique et mental, m’attend…

Avec le planning d’entrainement des parapentistes et le fait que je me sois blessé en montagne, nous mettrons plus d’un mois et demi à revenir essayer de réaliser tous ces projets.

Cette fois, rendez-vous aux Saisies, station de ski du Beaufortain qui nous offre un terrain plus propice à la mise en place de nos acrobaties, notamment en terme de hauteur. Et pour ne rien gâcher le Mont Blanc sera notre toile de fond.
Pour des raisons de timing, nous serons déjà accompagnés de l’équipe vidéo et photo qui doit nous aider à retranscrire en images cette aventure. La pression de réussir chaque vol, chaque tentatives se fait encore un peu plus importante.

Dans l’équipe nous pouvons compter sur les frangins Boris et Pierre-Emilio, qui voleront ensemble et réaliseront les prises de vues vidéos, avec Boris au pilotage et Pierre-Emilio derrière l’objectif ; sur Manon et Alexandra pour le biplace photo, ainsi que sur Hugues et Julien comme pilote pour les parapentes servant de base à nos cascades.



Pendant trois jours nous enchaînerons, en pleine canicule, quatre à cinq vols par jours, avec à chaque fois pas moins de quatre parapente biplace à gérer en l’air: un biplace vidéo, un biplace photo et deux biplaces sur lesquels se déroulent les acrobaties. 
C’est Eliot qui définit à chaque fois le plan de vol de tout ce beau monde, essayant d’anticiper les positions de chacun en fonction du poids et du matériel, pour qu’équipes photo et vidéo ne se gênent pas et que les deux biplaces-cascades soient bien placés par rapport au décor, pour faire de belles images.


En terme d’installation, deux cas de figures se présentent:

1)  Lorsque Eliot effectue une de ses cascades, tyrolienne ou pendulaire, il décolle avec Hugues, tous deux sous le même biplace. Julien, lui, décolle seul, avec la corde rangée dans un sac accroché à la sellette du parapente. 
En l’air, Julien laisse pendre la corde sous son parapente, et le binôme Hugues-Eliot se charge de la récupérer. 

Une fois récupérée, si l’idée est de faire une tyrolienne, la corde est attachée sur la sellette d’Hugues, la liant ainsi à celle de Julien. Eliot vient ensuite attacher sa voile, rangée dans un sac appelé Direct-Bag, sur une poulie qui coulisse sur la corde. Il se largue ensuite du biplace, laissant Hugues seul, glisse le long de la corde, avant de laisser sa voile sortir du sac. 

S’il s’agit d’un pendulaire, la corde est directement attachée au Direct-Bag, Eliot se largue ensuite du biplace, effectue un immense pendule sous le parapente de Julien, avant de laisser sa voile sortir du Direct-Bag.


Pendulaire avec le Direct-bag

2) Lorsque j’effectue une acrobatie, je décolle avec Eliot en biplace pendant qu’Hugues ou Julien décolle seul, avec la sangle ou la corde, selon que j’essaie de marcher sur la slackline ou que je fasse une tyrolienne, rangée dans un sac accroché à la sellette. La connexion entre les deux parapentes s’effectue ensuite de la même manière qu’avec Eliot, et ensuite c’est parti ! 


Par mesure de sécurité toutes les installations sont largables, ce qui signifie que si, une fois les deux parapentes connectés par la corde/sangle, quelque chose vient à mal se passer, il suffit de larguer l’installation pour que la situation revienne à la normale.

Eliot en session d'accro

Au terme de ces trois jours, Eliot aura réalisé tous ses projets sans encombres et j’aurais pu faire six nouveaux essais sur la slackline, portant à dix le nombre total de tentatives. 
Et en dix essais, ma meilleure performance aura été de réussir à faire un pas, et à tenir six secondes debout en équilibre. Les progrès sont lents, mais les conditions en l’air sont chaque fois différentes ce qui complique la progression. De plus, le fait de n’avoir qu’un essai par tentative n’aide pas. Effectivement, une fois debout sur la sangle, il est extrêmement difficile de se rattraper à la ligne lors d’une chute.

Après trois jours aussi intenses, il ne nous restait plus que deux vols a effectuer pour boucler le projet et le tournage. 

Et c’est juste avant le décollage du deuxième et dernier vol qu’une mauvaise nouvelle nous tombe dessus. La voiture a été cambriolée, et les voleurs sont partis avec une grande partie du matériel vidéo, les ordinateurs et tous les disques durs comprenant vingt ans d’image pour Eliot, ainsi que toutes les images tournées ces trois derniers jours.




D’abord sous le choc, puis complètement dépités, nous avons d’abord pensé tout laisser tomber Eliot devait retourner s’entrainer pour les compétitions à venir, je devais retourner en montagne, les copains n’étaient plus forcément disponible, tout semblait nous inciter à passer à autre chose. 

Mais après quelques jours de repos, une fois les idées remises en place, Eliot me rappelle. Finalement, on repart tourner toutes les images perdues. La rage de s’être fait voler le fruit de notre travail l’a emporté sur les emplois du temps chargés. 
Les amis présents lors du premier round ont presque tous répondus présents, et nous sommes retournés passer trois jours absolument inoubliables dans les airs. 



Et vous savez quoi? On a fait encore mieux que la fois précédente et Julien a bien du payer sa tournée! 


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