5 févr. 2016

Part 3 - Le Pérou et l'espagnol, 2 choses inconnues - Quentin Bischoff




Entre le retour de la jungle ardente et le détour pour la montagne pluvieuse où j'irai passer les fêtes de Noël, je trouve un créneau de 3 jours pour aller ouvrir la fameuse highline de Cerro azur (cf épisode précédent).

Manque de bol lors d'un repas en terrasse, je me fais voler mon sac avec dedans mon si précieux passeport. Nos vacances en Colombie avec Maria tombent à l'eau, adieu les caraïbes…
Le temps de préparer les papiers, racheter un sac et tout ce qu'on m'a volé, je perd une journée pendant laquelle Hugo et un ami percent et installent la ligne. Je les rejoins donc le lendemain, la ligne doit faire entre 50 et 60 mètres. Je rêve de plus longues et hautes highlines, mais c'est déjà ça.
Hugo désespère un peu depuis hier, il n'arrive pas à traverser la moitié. Je viens lui donner un petit coup de boost en m'y lançant serein.





J'ai besoin de me lâcher, à part ces moments de slack, je ne fais plus de sport. Cela me manque beaucoup.

La ligne me semble facile, le rocher se décroche parfaitement du reste du paysage. Je traverse d'une traite la ligne et reviens sans me stresser.
Je suis heureux, j'ai rarement été aussi serein. Je retourne au milieu et commence à m’entraîner aux expos face à l'océan, ça n'est pas encore tout à fait ça. Mais je m'améliore, me déstresse, baisse les bras, tente une "bischotterie" ou deux.

Je retente une traversée cette fois avec de la psytrance sur les oreilles pour faire un peu monter la pression et me surprend à regarder vers le bas, je me sens comme transporté, hypnotisé. Je ferme les yeux et enchaîne une dizaine de pas, avant de les rouvrir rappelé par mon équilibre.

Nous partons manger un bout (un cebiche, naturellement) et revenons pour la tombée de la nuit. Hugo enchaîne run sur run jusqu'à la nuit noir. J'ai toujours eu peur des highlines dans le noir.
Elles ont un côté étrange, quelque chose d'inexplicable. On ne voit pas le vide, plus de repères à part cette fine ligne qui finis vers le néant. Cette aveuglante absence de lumière me perd. Je dois essayer, affronter cette peur. Avec une musique apaisante sur les oreilles cela me calmera peut être un peu.
Je me lève doucement, cherche à l'intérieur de moi pour trouver cette petite chose fragile qu'est l'équilibre et commence à marcher doucement en hurlant dans les moment de détresse.
J'ai, pendant cette traversée, senti le temps ralentir, pensé à milles et une choses. Un phare au loin m'asperge de lumière à intervalles réguliers. Je le fixe et continue à lutter. Arriver de l'autre coté, je crie de joie. Je tente le retour épuisé et traverse avec un catch au milieu. C'est décidé, je vais appeler cette ligne "el siguiente nivel" (next level).
Le lendemain on désinstalle et me voilà parti pour Talavera, petite commune andine.

Ce fut pour moi un noël hors du commun. A partir du 24 décembre au soir et pendant 3 jours cette petite ville se transforme.
Cela commence par une procession regroupant différentes compagnies déguisées, avec pour chaque déguisement, une danse spécifique. Ensuite, tout le monde se réunit sur la place du village où chaque compagnie organise une représentation, un spectacle.

Un soir j'ai eu la chance de me faire invité dans la bâtisse du "cargo" (personne qui finance les festivités) pour une fête privé. J'ai pu y apprendre comment danser, comment boire… Le fait qu'on a pas le droit de refuser un verre et qu'il faut prévoir bien 1h à l'avance l'envie de partir qui plus est quand on a un air de "gringo". J'ai pu croiser bon nombres de sourires, et échanger avec mon espagnol approximatif de belles discussions alcoolisés.


Le dernier jour se tient une fête foraine un peu plus loin dans la ville, le genre de fête foraine des pays du tiers monde. J'apprend que cette fête est financé par une seul et même personne, et qu'elle se fait aider par un principe de réciprocité (c'est bien plus compliqué que ça).

De retour à Lima pour le nouvel an et pour refaire mon passeport, j'attend avec un impatience le 11 janvier. Hugo m'a promis un petit trip avec des potes à Cerro Azul.
Le jour J, nous partons à deux voitures blindées de planches de surfs, skimboard, matos de slack. On a l'intention d'installer la highline et la waterline.
J'apprend qu'un pote à Hugo, Alex a ramener son drone. Arrivé vers 10h, on accourt installer 50m de waterline pour se chauffer. On enchaîne les runs, ça reste un vrai plaisir de bouncer en jouant avec les vagues. Je m’entraîne à marcher les yeux bandés, ils n'ont jamais vu ça.


En fin de session, la marée est basse, et Hugo se lance sans leash. Si il chute, il touchera le fond à coup sûr et se fera emporté par le courant contre les pilonnes.
Tout se passe bien et il traverse sans trop de difficulté et me compte son expérience de concentration. Je me laisse aussi tenter, voir si mon cerveau accepte ce genre de situation, au pire je catcherais...
La première traversée se fait avec un peu de tremblement, mais je contrôle la chose pour finir les bras ballants. Au retour, je ne tremble plus et bounce un peu, je me sens léger.



A la suite du repas, on court vers la plage pour profiter de la fine pellicule d'eau déposé par les vagues. Ca doit faire 10 ans que je n'ai pas touché à une skimboard et ça ne se perd pas. Je m'amuse comme un pti fous sprintant pour prendre les vagues en back ou frontside. 

Avant la nuit nous montons installer la highline, ça reste toujours aussi compliqué d'optimiser les opérations avec les péruviens. Ils ne veulent pas préparer les choses avant de les faire, en gros "on verra bien". Je m'y habitue doucement. Nous sommes claqués, on va aller monter les tentes et se coucher.
Là, à nouveau, je suis surpris. Ils veulent aller camper sous le panneau "interdiction de camper", en 10 minutes on se fait virer. Mais non ils décident d'aller plus loin toujours dans la "zone interdite". Une fois le campement organisé, on nous invite gentiment à partir. Pourquoi sont ils si obstinés? Choc de culture.

Le lendemain, je me réveille avec de douloureuses courbatures. 3 mois quasi sans sport, c'est fatal. Mais, bonne nouvelle, une fois que les muscles sont chauds on ne sent plus grand chose. Il fait très chaud aujourd'hui. Il y a, au dessus du Pérou, le plus gros trou dans la couche d'ozone au monde. Si tu ne mets pas de crème, tu crames littéralement.

Un peu de surf et de skimboard s'impose pour profiter de la fraîcheur de l'océan. Vers 13h, on décide d'aller faire un peu de highline avant qu'Alex ne parte avec le drone. Le soleil est au plus haut, et il n'y a pas d'ombre. Il faut vite prendre cette nouvelle sangle en main et faire de belles images. La sangle est horrible, pas d'élasticité. Elle n'inspire pas confiance avec ses quelques tonches. Un petit aller/retour et des expos pas très bien tenu au milieu et je rentre assoiffé.



Le jour suivant, on désinstalle la highline et on part installer la sangle d'Hugo dans toute sa longueur, c'est à dire 85 mètres de nylon. Va falloir tirer dessus pour qu'elle ne touche pas la flotte, la marée est haute.
Après moulte va et viens pour la tendre et la retendre, Hugo se lance et touche l'eau à un quart de la sangle. On recommence, je m'y lance et traverse un peu plus du tiers jusqu'à ce que les vagues viennent me frapper le talons pour qu'à la 3ième vague je tombe.



Là, pendu à mon leash, trois grosses vagues me tire vers le milieu. Je tente de me relever mais il y a trop de courant pour marcher. Je me tire de cette situation, exténué.
Hugo tentera de marcher ce serpent une bonne dizaine de fois pour réussir à marcher le tiers. Je perd ma motivation de retendre et traverser. On désinstalle, fatigués, la ligne pour rentrer à Lima.



Le lendemain, je pars pour Arequipa et pour me diriger doucement vers la Bolivie. Mon budget se ressert doucement sur moi. Je rentrerais plus tôt en France, bosser un peu pour pouvoir profiter de mon été tout en slackant.

En attendant je vous laisse avec une photo prise hier de l'île de Taquille sur le lac titicaca ou j'ai passé une nuit chez l'habitant. Je rêve d'y passer mes vieux jours. Il n'y a pas de route goudronné, pas une voiture. Mais c'est haut quand même, 3990 mètres.


Photos : Quentin Bischoff

Quentin Bischoff


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