25 oct. 2011

Deux Frenchies aux Etats-Unis: Vive le French-Free!


Récit: Antoine Moineville
Photos: Sébastien Brugalla, Antoine Moineville
(Si tu cliques sur une photo tu as tout le diaporama)

Prélude

C'est non sans une émotion partagée que je suis de retour en France après quelques semaines de pur plaisir dans la vallée du Yosemite avec mon acolyte BadSlackliners Sébastien Brugalla, la crevette aux pinces d'acier. Tels deux vikings déshérités nous voilà débarquant dans la vallée en compagnie de nos deux furieux bien que forts sympathiques Jo et Oliv'.


Et oui, déshérité! Car il y a fort longtemps Sèb et moi avons combattu ensemble, côte à côte, dans des conditions difficiles voir même extrêmes, au gré des vents et des gouffres tous plus impressionnants les uns que les autres. De fiers guerriers que nous étions, je m'en rappelle encore...

Mais là je ne dirais pas que ce temps est révolu mais il y aurait eu comme un léger laissé aller de notre part:


Sébastien est quelque peu grassouillet du fait de n'avoir fait plus que du parachutisme ces derniers mois...


Moi, je me sens encore rouillé et pas tout à fait remis des blessures de mes combats antérieurs.

L'art de la rooste à l'état pur: one, two, free, fight!

Oui, l'art de la fissure américaine, s'il en est, ne nous aura pas laissé indifférent: mmmh, je n'ai pas mal à mes pieds, mmmh je n'ai pas mal à mes mains que je verrouille dans ses fissures moelleuses de granite pur...

Lisse, très lisse tout ca.


1ère longueur de 'Serenity Crack', belle classique, idéale pour l 'acclimatation

Grimper en fissure demande un énorme effort d'adaptation autant d'un point de vu technique que mental. C'est une grimpe très pragmatique. Dépourvu de réglettes, le mur est lisse et mal-adhérent, avec la fissure, nette et précise comme seul moyen de progression.

Le fameux verrou de main, ou le 'Jam' comme ils disent là-bas.

Une technique que nous connaissons mal qui consiste à malaxer sa main dans une fissure jusqu'à ce qu'elle se coince et à ce moment là tu peux tirer dessus. On est alors obligé (sauf pour les très très forts) de se confectionner des gants en tape pour se protéger le dessus des mains et le poignet.

Ça fait tout de même un peu mal au début... Mais comme nous le dirait le moine Shaolin, spécialiste émérite du coup de tibia sur barre de fer et truc sado en tout genre: « c'est en faisant qu'on apprend à faire avec».

Alors nous avons appris...



Olivier dans une belle longueur en 5 du Central Pillar of Frenzy.


Plein soleil dans Sons of Yesterday


Dans le crux de 'Separate Reality', une longueur renversante!

Le pragmatisme à l'Américaine: 'Suivez la ligne Monsieurs!'
La fissure peut s'engoncer au fond d'un dièdre, traverser sous un toit, et conserve systématiquement son tracé rectiligne et géométrique. Pur!


Le great roof (el capitan, The Nose) ici passé en artif mais libéré par Lynn Hill en 1994 
(note de Slack.fr, faut voir la video de Lynn, elle est FATALE)


La largeur de la fissure influe énormément sur le style de la grimpe, techniquement, mais aussi au niveau de l'engagement. Car les protections déjà existantes y sont rares (sauf pour les relais) ce qui nécessite de grimper charger comme des sapins de noël de friends de toutes les tailles jusqu'aux plus gros.
Parfois, dans une cheminée ou un offwidth, parce que trop large, il n'est plus possible de poser aucune protection, il faut alors grimper sans tomber ce qui pimente un peu la partie...

La fissure mangeuse de corps ou la fissure mangeuse de doigts :


Sortie de cheminée bien rotor dans Roostrum


Superbe fissure à doigt en 5.11c, Rostrum.

Elle peut être à doigts, à mains, à poings,à double poings, à corps et hardcore aussi.


Antoine et Sèb à la sortie de 2 longueurs corriaces et pourtant annoncées facile dans le topo 




Paradoxalement, c'est dans les niveaux les plus accessibles que la grimpe est la plus déroutante, un peu comme nos bons vieux V des familles chamoniards.
La méfiance est donc de mise. Règle n°1 pour grimper au Yosemite: commencer modérément, tranquillement, sans ambition de perf, dans des voies abordables.

Objectif Big Wall:
Test number 1:

Le Half Dome première expérience d'une grimpe 'fast and light'. (sac à dos léger, sans bivouac, un peu d'eau, quelques barres).

Stratégie: La légèreté pour plus de rapidité afin de gravir les 800m de paroi avant (si possible) l'arrivée de la nuit. Bivouac peu recommandé...

Conséquence: Nous découvrons le French Free, expression Américaine qui décrit le fait de grimper en libre en s'autorisant sans le moindre scrupule d'utiliser les protections lorsque ça sent le roussi.

Pas très éthique, il est vrai.


Longueur précédant les Zig Zag, section raide de la voie où le French-free est de mise

Mais une fois lancé dans l'aventure une partie du cerveau, précisément celle concernant l'éthique et le style, s'inhibe en temps soit peu et afin de laisser le champ libre à nos instincts les plus enfouis qui peuvent refaire surface dans un concert de grognements de sanglier en rute.


Sommet du half Dome, contents! 

Pas très catholique tout ça... Mais bon, encore une fois on fait avec, et surtout on s'amuse!
Test réussi. 
"Come on for climb El Capitan, now!!!"

Le style alpin certes! Et le big wall?


El Capitan, au pied d'une parois légendaire....


Stratégie:

itinéraire: The Nose 900m 31 longueurs
3 bivouacs sur vire
2 patates (sacs de hissage)
1 shit-box...

Nous n'opterons pas pour le fast and light dans cette ascension. Alors nous avons hissé deux patates. De l'eau (environ 40litres), nourriture, le bivouac, et le petit 'confort'. Très, très, très lourd donc très lent!

Et oui, pour ne rien vous cacher, un des objectifs de notre séjour, hormis celui de se régaler, était de se faire la main aux techniques du big wall.

Idée: acquérir une expérience, se jauger avec de la suite dans les idées...

Question: comment, avec une bande de doux dingues typés Skyliners, pourrions nous monter au sommet d'une montagne accompagnés de nos joujoux favoris (slack, parachute, autres)?

Réponse spécialement pour vous lady and gentlemen...

Le BIG WALL!! (ps: nous n'avons rien inventé)


Du vide comme dans vos pires cauchemars


Le profil de rêve pour s'exposer à un vide propre et puissant.



Whaaaw! Génial du big wall! C'est très exitant tout ça. Oooh oui...
- Ambiance bivouac sur vire
- Repos bien mérité après une longue journée passée à grimper, artifer, hisser sous un soleil de plomb.


- Petit apéro, manger, boire et dormir.
- Expérimentation de la shit box...


- Lever (5h), petit déjeuner, refaire les sacs, et grimper!


Ambiance grimpe:


Sèb et Antoine dans Boot Flake, 3éme jour,2ème longueur; Photo: Tom Evans (http://elcapreport.com/)


Pancake flake, 22ème longueurs, du libre comme dans un rêve.


Sèb dans Changing Corner. Le sommet est proche


Je ne saurais mieux vous décrire le plaisir de cette expérience que ces photos ci-dessus. Voir cette fameuse vallée en vrai de vrai aura changé quelque chose en moi: l'envie irrépressible d'y retourner! 

Le potentiel y est énorme, des projets partout. Et la highline que nous n'avons pas faite...

C'est le petit hic du séjour ça. Mon épaule m'aura fait défaut le dernier jour dans le Nose. Une journée de grimpe et 5h de descente (chargé comme une patate) plus tard, je me retrouve à camp 4 l'épaule bloquée, comme un papy! Une semaine en attendant l'avion.

FoR SUR, I'LL bE bACK.

FoR SUR... OooH YeAH!


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