27 sept. 2010

Highline au Grépon



Après mon point vue publié dans le post précédent: "Du rififi dans la rosette", voici l'oeil de Tancréde et le récit d'Antoine (merci à eux). Je crois qu'avec ces avis croisés nous avons un compte rendu des plus complets!


Cet été, le team ‘The Badslackliners’ a encore frappé. Et quand l’équipe se réunit, ‘c’est pas pour acheter du terrain’ … Objectif : Haute Montagne. Et oui, 4 nouveaux gaps ont vu le jour cet été dans le massif du Mont Blanc. Alors action !

Après les natural games, come on to Chamonix !!!

En attendant le retour de Ju et Jelena partis grimpé en Italie, je pars faire du repérage du coté des Aiguilles de Chamonix.
Les Ciseaux avaient attirés notre attention. La ligne étant visible de la vallée nous avait semblé logique et esthétique. En atteignant le sommet, je me retrouve à ramper à califourchon sur une arête aiguisée comme un rasoir, plein gaz ! Mais la ligne est courte et surexposée ; la chute aurait été interdite sur les 3 /4 de la longueur avec la possibilité de finir coupé en 2 sur cette lame de granite, bof…
Alors, là perché sur mon bitard, au beau milieu de ce magnifique défilé d’arêtes aériennes, je scrute tel le un vieux loup le moindre petit bout de brèche susceptible de nous convenir:

Mon regard s’arrête sur la montagne du Grépon. C'est une montagne très élancée avec une ligne d'arête sommitale crénelée absolument magnifique faite d'une succession de tours en plateforme et de brèche en granite réputé parfait.

Plus bas, la tour rouge moins aérienne mais tout aussi magnifique n’attend qu’une seul chose : être slackée pour la première fois.

à portée du refuge de l’Envers la très logique Brèche de Trélaporte (repérée l’an passé par notre Ju international).

Et enfin, très loin haut dessus, le gap monstrueux des aiguilles du diable

Trash Max au Grépon, sacré non de non !!

Nous décidons Julien, Jelena, et moi-même d’aller voir tout cela de plus près en passant par l’itinéraire du Grépon-Mer de Glace. Peu technique mais tout de même haut de 800m, nous passerons une nuit sur une plate forme de bivouac 4 étoiles 200m au dessus de l’attaque. Eprouvés, le sommet, Oooh Yeaah !! Le gap est juste là ,parfait comme nous nous l’étions imaginé ; coup de fil aux copains, la date est posée. Désormais ya plus qu’a y retourner avec slack au dos!
Quelques jours plus tard, l’équipe est au grand complet (Tancrède, Jelena, Sèb, Ju, et moi) avec pour invité d’honneur le Maestro Dam Mercier !! Nous avions l’embarras du choix, du fun à l’Envers ou bien du velu au Grépon. L’optique de la trash collective semblait être au goût du jour. Pour tout vous avouer, ce choix m’a amené à penser que là, nous partions dans un style à la St Exupéry qui tente de traverser l’Atlantique avec son vieux coucou, nous n’étions pas des avions de chasse quoi…Faut bien le dire!!! Mais bon, on était entre potes, motivés comme jamais et prêts à tout endurer.
De ce fait mais aussi du fait du poids de nos sacs (matos de highline, matos pour ouvrir, matos de bivouac, bouffe…) nous choisissons d’emprunter l’itinéraire le plus accessible et le moins long pour accéder au sommet (voie de descente par la vire du CP).

Première journée :

Il a neigé 2 jours durant avant notre départ, les faces sont plâtrées. Forcément ça change la donne ! Nous avançons doucement mais sûrement. Il commence à se faire tard, la nuit est là depuis longtemps, et la température est passée nettement en dessous de 0°. Quand la pente se redresse, nous arrivons au pied des difficultés en rocher . Le passage annoncé IV+(chamoniard…) est saupoudré de neige durcie par le gel et accompagné d’une fine couche de verglas par ci par là. Dans ces conditions quasi hivernales, au summum de ma concentration et avec mon piolet à portée de main, je m’octroie cette longueur délicate avec grand plaisir! Nous arrivons à temps au bivouac, car le moral des troupes en avait pris un coup. Jelena et Dam sont secs comme jamais. Nous nous accordons une pause dodo de 3h pour repartir le lendemain. Moelleusement installés dans la neige, nos duvets sont salvateurs.

Deuxième journée :

Le réveil

Julien, qui normalement excelle dans la motivation du réveil des troupes, nous offre là un triste concert de vomissements matinaux. Meeeerde, Ju… ‘Continuez sans moi les copains’ qu’il nous dit. On le laisse en compagnie de Jelena. Ils se feront hélitreuiller 8h plus tard, voyant que la situation n’évoluait pas…
Finalement, après un enchainement de longueurs aussi belles que difficiles (style de grimpe old-school, grosses et gros sac en prime) nous atteignons le sommet. Mais contrairement à l'alpinisme classique, l'heure n'est pas à la redescente…

Le sommet

Il faut désormais rejoindre le gap(la brèche) pour y équiper(faire des trous dans granite avec marteau, mèche et tamponoir, spit),et y installer la slack; bref, encore un chantier en perspective qui nous assurera un 2ème bivouac au Plan de l'aiguille, après une journée de 21h non-stop (bravo encore à Dam, alpiniste ultra-novice, pour son moral d’acier!). De la montagne avec un grand M que nous faisons là…
Les nuages se pointent… Le versant Chamonix est encore dégagé mais le versant Mer de Glace est désormais complètement bouché et nous offre alors un spectacle à couper le souffle de nuages qui se déchirent pile sur la ligne d'arête sur laquelle nous nous trouvons!
Ambiance dantesque! Les bitards des sommets qui nous entourent disparaissent dans des flots de nuages et réapparaissent progressivement sous forme de masses sombres et élancées. Malgré la visibilité réduite, en rien nous ne pouvons oublier que nous sommes au sommet d'une montagne au beau milieu du vide, ambiance au contraire particulièrement céleste et austère. En tant que highliner, nous sommes d'autant plus sensibles à cette ambiance, dans la mesure où désormais il est temps de traverser ce fil, traverser ce vide, traverser ces nuages, vers un autre coté a peine discernable par instant. Nous sommes 3 à avoir traversé le gap: Sèb, Tancrède et moi.

La descente

Je ne vous décrirai pas la descente, au risque de choquer les plus sensibles. Les nuages sont partout, on n’y voit goutte. Langueur et lenteur sont au rendez-vous. La nuit. Notre état n’est plus, des animaux nous sommes devenus… Groummff ! Gou ! Arg !
(un hélicoptère, à l’initiative de Sèb Montaz guide et caméraman pro, a manqué de peu de faire des images embarquées à cause des nuages, grand dommage!!)

La ci-vi-li-sa-tion !!!!

Eprouvés mais heureux, nous nous retrouvons dans la civilisation autour d’un petit dèj géant! Re-re-re Oooooh Yeaaah!!

Mais, ce matin là, Sèb n’aura pas eu le plaisir de se régaler avec nous, Monsieur avait un cours a l’Ensa histoire d’en rajouter une couche. Nous retrouvons alors Ju et Jelena qui nous apprennent la nouvelle : Ju a été victime d’une intoxication alimentaire pour avoir ingurgité de la rosette périmée !Eh oui, les temps sont dur pour les camtareux, alors Tancrède dans toute sa grandeur d’âme, dévalise régulièrement les poubelles des supermarchés, pour le bien- être de nos porte-monnaie… Pas pour le bien-être de nos estomacs… cette fois-ci !!

A suivre…


3 commentaires:

Matthieu a dit…

Génial. On sent un poil plus d'enthousiasme dans ce récit ! Une ballade de santé qu'il nous dit ;)
Magnifique! Du rêve !

Julien MILLOT a dit…

oh lala lala
je me barre 3 jours dans le Verdon et c'est l'explosion !
videos, textes !! c'est enorme !
super recit monsieur antoine !! j'adore le style :)

Spoportivement a dit…

article sur les vidéos de highline de Sébastien Motaz-Rosset sur mon blog!