11 oct. 2009

Charles Blondin; l'une des plus belles slacks de l'histoire!

Voici un bel article écrit pour vous par Fanch! Merci à lui.
Enjoie!



Il y a 150 ans cette année se tendait une des plus beaux slacks de l'histoire. Depuis qu'il avait vu les chutes du Niagara pour la première fois, en 1858, une idée obsédait l'esprit de Charles Blondin : survoler les chutes du Niagara au dessus d'un fil ! Un an plus tard, il réalisa cet exploit. Mais ce ne fut pas chose facile !

D'abord convaincre les autorités. Le Français voulait traverser la rivière tout près des chutes, malgré le bruit, les nuages d'eau et la faible visibilité. Mais personne ne voulait être complice de ce qui paraissait un suicide. Le propriétaire de la Goat Island refusa fermement.

Bien décidé, Émile – notre frenchie collectionne les prénoms – trouva un autre site 2 km plus bas. Moins bruyant mais plus long : 350 m à traverser, 30 m au dessus des petits poissons et des forts courants.



Charles mettra plus d'un mois à installer la longe au-dessus de la rivière. Il devint petit à petit le sujet de conversation de toute la contrée. Personne ne pense qu'il y arrivera, on parie plutôt sur la distance à laquelle il va tomber : à la moitié? au premier tiers ? va-t-il seulement oser faire un mètre ? bref il fait bien rigoler et c'est avec le sourire qu'on lui file un coup de main. Première opération : tendre une première corde (22 mm de diamètre) entre les deux bords. Elle servira à installer la corde principale. Elle est emmenée de l'autre coté par deux rameurs. Ils partent presque un kilomètre en amont du point visé mais les courants sont si forts qu'ils échouent plusieurs fois. Cette corde casse à maintes reprises. Il manque maintenant la grosse corde, elle a été commandée spécialement à New York. Point de polyéthylène à l’époque ! La corde est en chanvre et mesure 82 mm de diamètre. Elle arrivera avec 2 semaines de retard. Elle était si attendue, qu'à son arrivée on la mit sur un charriot, la coiffa d'un drapeau et la fit défiler dans les rues. Un marin qui se trouvait opportunément dans le coin en épissa les bouts.



L'installation finale pouvait débuter!

On commença à traîner la grosse corde le long de la corde déjà fixée. Las, la grosse corde était très lourde – j'ai calculé qu'elle devait peser environ 2 kg/m soit 600 kg au total – et alors qu'il ne restait qu'une centaine de mètres pour rejoindre deux flans, la petite corde menaça de se casser et de saborder des semaines de travail. La situation était, comme la fine corde, fort tendue.

Face à la difficulté, Charles Blondin resta souple comme un roseau et détendu comme une verge après une nuit d'amour.

Un journaliste de New York Tribune écrit : "[alors que l'installation] était hérissée de difficultés, Monsieur Blondin les surmonta de la façon la plus décontractée et la plus audacieuse". Émile attacha une corde autour de son corps, monta sur la mince corde et alla avec flegme jusqu'à la corde massive pour l'assurer avec une corde plus sûre. Des dizaines de spectateurs observèrent l'opération ; stupéfaits. Le regard des gens changea ; l'illuminé se mût en un acrobate imbattable.



Tout le monde attendait maintenant le jour J. Il arriva le 30 juin 1859, après avoir tendu et haubané ce slack primitif mais pas fruste. Autour du frenchie, douze mille personnes s’amassèrent.
Devant lui un fil de 335 mètres, formant une magnifique courbe funiculaire avec un creux d'une vingtaine de mètre au milieu. A cinq heures et quart, il met le premier pied au-dessus du vide et s'adresse à la foule ainsi : "Chers messieurs, je veux bien porter sur mon dos quiconque aimerait traverser". Personne n'accepta l'invitation. Armé d'un balancier, il commença la traversée d'un pas ferme et rapide. Il ponctua son chemin de figures gymnastiques ; il se tint sur une jambe, s'assit, s'allongea à plusieurs reprises. Arrivé à mi-distance, il fit un geste devenu légendaire : à l'aide d'un fil, il remonta une bouteille de vin du bateau à vapeur la Sirène des Brumes qui se trouvait à l'attendre dessous : le bon gaulois s'offrit un coup à boire ! et une belle oreille en une des grands quotidiens américains : HE TAKES A DRINK! (Chicago Tribune du 1er juillet 1859)



Il termina sa course sans difficulté. A l'arrivée il fut acclamé et traité en héros, sa célébrité était faite.

Il renouvela son exploit plusieurs saisons de suite, avec quelques variations : il traversa le précipice à l'aveugle, dans un sac, transporta un homme sur son dos puis dans une brouette. Il se prépara même une omelette au milieu du vide ! quel savoir vivre monsieur Blondin!

Fanch

(note : cet article reprend les éléments d'un article publié dans le New York Tribune du 1er juillet 1859, repris par le Chicago Tribune le 4 Juillet 1859. Les photos proviennent d'un site créé par ses descendants)

2 commentaires:

sbk a dit…

un autre exploit funambuliste (bien que sur un câble en acier), Celui de Philippe Petit (encore un Français) qui a tendu son fil entre feu les Twin Towers.

Magnifiquement raconté dans le film documentaire "Man on Wire"
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=133938.html

marc a dit…

Vers l'infini et au delà!!!!!