10 août 2015

Bis Répétita, Et Plus Si Affinité...


On ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie. On l’apprend très tôt à l’école et la vie se charge de nous le rappeler de manière régulière. C’est ainsi qu’aspirant à une tranquille semaine de travail confortablement assis devant mon ordinateur, je m’imaginais pouvoir me lamenter à loisir à cause de la chaleur, du soleil qui cogne trop fort et de l’eau du lac bien trop tiède. En bref, je me réjouissais de la perspective de ces journées de cloisonnement à venir.




Bien entendu ce fut le moment précis que le destin choisit pour me rappeler que la routine n’est pas un luxe qu’il me sera permis d’atteindre de si tôt! Corentin Bruet s’était mis en tête de répéter une vielle expédition des (feux) Skyliners (‘sont pas morts… ils ont juste changer de nom…) en retournant installer le Trésor Gap, la highline traversant les 28m de la brèche Tré La Porte dans le massif du Mont Blanc. Et même, débordant d’initiative et ne rechignant pas à portrer un sac à dos bien trop chargé, il ne cachait pas l’idée d’ouvrir une nouvelle highline. Plus longue, plus molle, plus moderne quoi!
Ayant laissé sous-entendre que peut-être il me plairait de participer à une expédition de ce genre, Corentin me prit au mot et je fus d’office compris dans la liste des highliners de haute montagne. Au nombre de six, l’équipe se composait de Corentin, Richard, plus connu sur la toile sous le sobriquet de Brad la Masse, d’Antoine Mesnage, Thibault Cheval et de son cousin Mat l’Indien. Nous n’étions loins d’êtres tous des alpinistes aguerris mais la « rando » était facile à ce qui se racontait plus bas dans la vallée.



J’avais pour ainsi dire une mission professionnelle à remplir lors de cette aventure. J’avais besoin d’images in situ de la nouvelle Moonwalk, sangle virile à la couleur saumon. Ne pouvant plus compter sur une météo défavorable, je me résolu donc à remplir mon sac, le chargeant à contre-coeur de tout l’attirail nécessaire à un bivouac en montagne, doublé d’une mission highline, triplé d’une session photo. Le regard perdu dans les pics et les arrêtes de rocher se dessinant dans le lointain, le petit train de Montenvers grimpait vers son invariable destination alors que je pensais à mes collègues de bureau bronzant devant leurs écrans d’ordinateurs. Je dus laisser échapper un soupir. 



S’en suivit une descente d’échelles vertigineuses dont notre ami l’Indien se souviendra longtemps (ah les virées highline en haute montagne quand on a le vertige, rien de tel pour faire le plein de bons souvenirs). La remontée de la Mer de Glace se fit quant à elle sans encombre. D’ailleurs à voir la pâle figure du glacier, il n’encombrera plus grand chose d’ici quelques années… La triste réalité nous frappait de plein fouet, fin juillet, il fait chaud et la glace fond! Les marchands de cartes postales pourraient avoir la décence de ne pas vendre de cartes montrant le glacier pimpant dans son ancien manteau blanc, c’est déprimant.
En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, nous étions arrivés devant un nouveau mur d’échelles en haut duquel zigzaguait le sentier menant au refuge de l’Envers des Aiguilles. Nous l’avons quitté sous la brèche pour finir de crapahuter dans un pierrier au milieu duquel coulait l’eau du glacier de Tré La Porte qui fondait sous la chaleur estival. Enfin, lorsqu’aucun nuage ne s’agrippait à l’Aiguille de la République et au Grépon. Oui, nous étions hélas sous l’unique nuage du massif. Mais rassurez-vous, d’autres nous ont rejoint dans la soirée. 




La highline de 28m fut rapidement installée et tendue « à l’ancienne », comprenez comme un cable. Plus qu’une réelle volonté, peut-être était-ce dû au fait que la sangle faisait deux mètres de moins que le gap… Finalement, alors que la lumière déclinait, Thibault, Antoine et Corentin finirent de pinailler pour enfin commencer à installer cette nouvelle highline de 70m qui allait écoper du nom de « Saumon Dépucelé ». Première highline pour notre Moonwalk à la couleur unique.

Le soir était là et le vent nous frigorifiait. Corentin fut régulièrement rabroué pour nous avoir vendu un ciel dépourvu de nuage d’où les étoiles pourraient à loisir se réjouir de notre présence, nous observant depuis leur canapé stellaire. Mais non. Avant de rejoindre nos couchages, nous avons ingurgité notre soupe à l’eau du glacier, puis notre riz/macédoine à l’eau du glacier avant de nous rincer un peu la gorge, toujours avec l’eau du glacier et ses minéraux bien tangibles qui croquaient sous les dents. Corentin fut néanmoins félicité pour la météo radieuse du lendemain car nous sommes peut-être des rustres mais pas rancuniers.




L’heure était donc venue de se mettre au travail. Baudriers au fesses chacun s’affairait à ses petites affaires. Richard jouait des massues sur le Trésor Gap, Corentin, Thibault et Antoine s’amusaient à dépuceler le saumon et notre indien bravait sa peur du vide en s’offrant un aller-retour en poulie au dessus de la brèche. Tantôt sautant de rocher en rocher, pendu à une corde ou au milieu d’une highline je m’occupais de mes photos lorsqu’Antoine me rappela que moi aussi je faisais de la highline et qu’il serait de bon aloi de  m’y coller. Moi qui pensais passer inaperçu… En bon papy de la highline, je me suis contenté de m’aventurer sur les 28m sur-tendus (trop tendus?!) et d’y faire deux aller-retour qui - avouons-le - m’auront mis la banane pour plusieurs jours. Nous étions des skyliners! Merde alors!





Mais comme les lauriers c’est bon dans le pot-au-feu mais faut pas trop s’y reposer, nous avons engager le démontage et amorcé la décente afin de ne pas manquer le dernier train vers la civilisation. Accomplir de grandes choses c’est bien, mais ça ne vaut pas de se les remémorer devant une bière! Ou encore devant un ordi au bureau le lendemain. C’est là, confortablement assis, entouré de ses collègues qu’on se dit qu’on était bien là haut et on se demande alors ce qu’on fait là, assis entre quatre murs. Mais bon, on ne fait pas toujours ce qu’il nous plait!





Texte et photos : Fab Wittner




30 juil. 2015

Tout pour la Frime - Highline au Parmelan (74)


Le week-end dernier fût bien chargé, entre highlines, bivouacs, marche d’approche au soleil, orages, waterline, apéros…
Mais commençons par le commencement : de passage par le bureau Slack, j’y croise Antoine. Après quelques détails à régler pour lui, et après avoir fini de squatter le canap’, internet et l’imprimante pour moi, nous décidons de partir poser la waterline de Duingt, 80m au-dessus du lac d’Annecy en fin de journée, il y a de moins bons moyens de terminer une après-midi… Une fois la session terminée Antoine me propose de le rejoindre lui et des amis au Parmelan pour un week-end d’ouverture de highline (oui, chez les slackers le week-end commence le jeudi après-midi).


Le rendez-vous est pris pour le soir même, 20h à Aviernoz, pour monter ensemble au chalet de l’Anglette.
Nous retrouvons là-haut Pierre, Lou, Pag, Micka, Manu et Heinrich, un Allemand très discret, qui ont déjà posé la highline du Béard dans l’après-midi. Du moins ont-ils essayé. Effectivement en arrivant sur place Antoine constate qu’ils n’ont pas pris les bons arbres et n’ont donc pas posé la bonne ligne. Sentiment de trahison, panique, de


nombreuses émotions semblent se bousculer dans la tête d’Antoine, mais après un long moment de discussion, d’engueulades, d’injures et autres confrontations physiques et verbales, deux choses sont mises en évidence : la ligne restera installée comme telle grâce à Pierre, imperturbable dans la bataille, et Antoine n’est pas venu ici pour acheter du terrain.
Nouveau venu dans le groupe, je n’hésite pas à prendre position concernant l’installation et n’importe quel détail est bon à prendre pour réprimander les malheureux installateurs.
Maintenant on le sait, la Team Slack n’est pas montée là-haut pour chauffer le banc, ni pour se faire des amis d’ailleurs.


Après avoir fait quelques essais de nuit, nous redescendons au bivouac pour manger et c’est autour d’un feu de bois et de quelques bières que nous tentons tant bien que mal de nous réconcilier. Mais la discussion sur les OVNI et les partis pris de Pierre et d’Antoine participeront à nous faire tous passer une soirée médiocre, seuls au bivouac, autour d’un feu de bois par une tiède nuit de juillet.


Le vendredi matin nous remontons à la ligne du Béard, du moins sa variante, baptisée La Pinaille en souvenirs des nombreux pinaillages autour du set up, du choix des arbres, etc… pour slacker un peu et démonter afin de passer au spot suivant.



Nous rechargeons donc les sacs de matériel, faisons le plein d’eau (pas moins de 30l à monter) et attaquons la rando sur les coups de 12h30, qui comme tout le monde le sait, est la meilleure heure pour débuter une randonnée au mois de juillet.
A noter que notre ami Manu aime se mettre des, je le cite, « défis personnels ». Effectivement, Pag ayant fait un vol en parapente le matin, n’est pas là pour le début de la randonnée. Manu ne se sentant plus de joie, décide de monter avec son sac (15kg), les deux sacs cabas pleins de bières (en verre), de bougies anti moustiques (en verre), de bouteille de vodka (en verre), de Sprite, de Schweppes, de pot de pâté (en verre aussi évidemment) soit environ 15kg, et pour finir du sac de Pag, soit encore 15kg supplémentaire environ. C’était effectivement un beau défi, et si ce n’est l’abandon du sac de Pag en cours de route, défi réussi, bravo le veau !

Après deux heures de marche, nous passons le Ritson Gap en pensant à Damien, et nous écroulons sur le spot repéré par Antoine et Estelle plus tôt. Après un repas sur le pouce nous commençons les install’. Antoine préfère se la péter en mode initiations à l’installation pendant que dans mon coin je joue la carte du solitaire sexy.
Après une heure ou deux d’installation deux nouvelles lignes sont ouvertes : la Tu Parles Trop (13m de long, 6m de haut) et Le Trou du Cheval (ou Horse’s Gap) une 40m très peu tendue avec une belle exposition sur Annecy, le tout sur ancrages naturels.


Antoine ouvre le bal sur la 40, et comme l’esprit de compétition nous anime l’un comme l’autre et que le plaisir n’est pas une composante essentielle d’une bonne session highline, les tricks s’enchainent rapidement, chaque run répond à celui du run de l’adversaire, dans l’unique but de l’écraser.







Pierre et (le) Lou se mettront également de beaux fight sur cette ligne, avec un essai particulièrement réussi pour Mr Poisson qui en passe la moitié au premier essai !






Du côté de la 13m on notera aussi de bons déblocages, avec des allers, ½ tour et retour, des expos, des marches arrière pour Micka, ça passe presque pour Louis qui tombe au trois quarts, un départ pour Estelle et de belles tentatives de Manu !






La nuit vient, et le deuxième bivouac avec elle. Nous sommes cette fois posés sur d’immenses dalles lisses bordées de larges trous dans lesquels il vaut mieux ne pas se vautrer dans le noir.
Quentin nous rejoint pour la soirée avec un ravitaillement en bière, en espérant pouvoir sauter en parachute le lendemain matin.
La soirée se passe, tout aussi morne que la première. A noter toutefois une pyramide de magnifiques fessiers à la lueur du feu, ainsi que l’arrivée nocturne d’Haël et Clémentine.


Vient l’aube, et le vent avec elle qui obligera Quentin à redescendre à pied après avoir offert à son parachute une belle promenade, puis l’orage qui nous fera nous lever les yeux encore collés pour remballer le campement, désinstaller les lignes avant d’aller se mettre à l’abri au refuge.
Là plusieurs membres de « la mission Parmelan » nous quittent (Notamment Clémentine, qui a bien apprécié l’aller-retour chargée comme un bœuf, et sans slacker) et nous restons, Antoine Pierre, Hael, Louis, Pag, Manu et moi à attendre le beau temps. Lequel ne mettra pas longtemps à revenir, et sur la proposition d’Antoine nous repartons pour poser une 35m, la Dret dans l’Pentu, qu’il avait déjà ouvert, à 5min du refuge.


La ligne est en pente, le set up n’est pas agréable, la fatigue se fait sentir et c’est ce moment-là que choisit Heinrich pour nous montrer de quel bois il est fait. Et cet homme originaire de Rhénanie du Nord n’a pas fini de nous surprendre ! Il enchaine la ligne à toutes les sauces, nous sommes scotchés !
C’est alors qu’Antoine et moi échangeons un regard qui en dit long. Oui, Heinrich Von Zimmel pourrait nous rejoindre au Panthéon de la slackline, il pourrait lui aussi devenir une superstar, et rejoindre la #TeamSlack… Il faut en parler au bureau et nous nous promettons de le faire dès lundi.



Après cette dernière highline du week-end nous redescendons vers la civilisation, et vers une bonne douche.
En compagnie des survivants nous finirons la journée par une waterline à Angon, sur la rive du lac d’Annecy, avant d’aller faire péter un petit resto bien mérité.




Le lendemain c’est reparti avec une motiv’ water dans les gorges du Fier pour poser trois lignes : 20, 50 et 110. Malgré les deux mains gauches d’Antoine qui lui font perdre un banana et une manille, les installations se passent bien, et il se rattrapera en nous montrant que s’il a deux mains gauches, il a deux pieds droits : 110m du premier coup ! Bien joué le jeune, même si ça ne l’empêchera pas de nous parler de son pauvre banana et de son pauvre compte en banque toute la journée.




Heinrich lui aussi nous étonnera, encore, en pliant « onsight » les trois lignes. Quelle machine !
La journée se terminera tranquillement entre saut de falaise, accro yoga et les habituels pinaillages de la troupe.

Dès le lundi nous appelons le bureau et convainquons facilement Thibaut de recruter Heinrich, l’Outsider. Bienvenue dans l’équipe (welcome to the team man!), slacklife bro’ !


Thibault Cheval